1884: Boucles d’oreilles, centenaire, cadavre, vagabonds, pluviométrie, faux ticket, châle, fausse monnaie, Tribunal correctionnel-Audience du 4 février, pétition, betterave à sucre, l’affaire du comptoir d’escompte

  • Des boucles d’oreilles en or, d’une certaine valeur, ont été enlevées vendredi à un un jeune enfant par une fille paraissant avoir une quinzaine d’années, qui s’est d’ailleurs empressé de disparaître avec le produit de ce vol. Avis aux parents qui laissent leurs enfants sans surveillance sur la voie publique.
  • Centenaire.  -Notre concitoyen, M. Schupp, entre aujourd’hui dans sa 104e année. Nous souhaitons à notre centenaire qui a gardé pendant 103 ans une rare lucidité d’esprit, de conserver encore sa bonne santé pendant la nouvelle année qui s’offre à lui.
  • Un autre cadavre a été trouvé hier entre 11 heures et midi dans l’ancien bassin du canal; il a été reconnu pour être celui du nommé Henri Fenner, tailleur, né à Kussnacht (Suisse); il ne portait aucune trace de violence ; mais on ne sait si la mort de cet individu est due à un suicide, à un accident ou à un crime.

On n’a pu  établir encore l’identité du cadavre, dont on a annoncé hier la découverte près du pont d’Altkirch.

  • Des vagabonds ont pénétré avec effraction, dans la nuit de samedi à dimanche, dans un magasin de la chaussée de Dornach et y on volé des revolvers et de la poudre.
  • Observatoire de la Société Industrielle: Les stations pluviométriques de la Société Industrielle ont donné, en janvier les résultats suivants:

Eaux tombées bassin de la Doller

 Lieux concernés par les habituels relevés  altitude  millimètres
Mulhouse -ville 250  44
Mulhouse -jardin zoologique 300  35.9
Oelenberg 285  45.6
Heimsbrunn 300  45.6
Sentheim 365  119
Bourbach-le-Bas 370  103.8
Masevaux 410  104.6
Oberbruck 460  113

Bassin de l’Ill:

  Lieux concernés par les habituels relevés   altitude millimètres
Tagolsheim  276  27.5
Dannemarie  380  48.8
Roppentzwiller  395  36.7
Ferrette  375  

Bassin de la Thur

   Lieux concernés par les habituels relevés  altitude millimètres
Cernay   375  6.2
Willer   380  102
Thann   345  90
Wesserling   387  106
Wildenstein   570  269

Bassin de la Lauch

   Lieux concernés par les habituels relevés  altitude millimètres
Guebwiller   300  70
Sengeren  430  122
  • Un jeune homme, qui se disposait hier à se rendre à Colmar, acheta devant la gare à un inconnu un billet à bon marché qui lui fut donné comme valable pour sa destination. Mais au moment du contrôle, on constata que ce billet était périmé. Naturellement le voyageur du se pourvoir d’un autre ticket; heureusement encore pour lui qu’il put trouver des témoins qu’il avait été de bonne foi en achetant son billet. Quant au vendeur, on comprend qu’il s’était mis à l’abris des recherches.
  • Une demoiselle de la rue du manège, sortant dimanche de l’office de l’église catholique Saint-Etienne, se trouva tellement pressée par la foule, ne s’aperçut pas qu’un adroit voleur lui enlevait un châle de prix qu’elle portait. Elle se propose, dit-on, de faire réclamer cet objet du haut de la chaire, dans l’espoir qu’un remords de conscience déterminera le voleur à lui rendre son châle. Nous souhaitons mais doutons beaucoup que son espoir se réalise.
  • Des pièces de monnaie fausse de 2 mark, qui ont été mises en circulation, ont été présentées à la police, qui s’est immédiatement mise en mesure de trouver le fabriquant. Deux fois en effet, on lui a porté de ces pièces: elles portent le millésime 1883, sont d’une assez bonne fabrication; le son comme la netteté des empreintes , fait qu’elles sont difficiles à distinguer des autres ; cependant la tranche laisse à désirer et c’est là seulement que l’on peut reconnaître l’imperfection relative de l’outillage qui a servi à les obtenir. Une enquête est ouverte; on recherche l’auteur ou les auteurs de cette fabrication. En portant ces faits à la connaissance du public et en l’engageant à examiner avec soin les pièces qu’il lui sont remises, on finira peut-être par recueillir des indices permettant d’arriver à la découverte de la fabrication criminelle signalée.
  • Tribunal correctionnel -Audience du 4 février:    De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! C’est là,  semble-t’il, dont s’inspire un fripier natif de Thoune (Suisse) , établi à Mulhouse dans la rue des Bons-Enfants, déjà condamné une fois à cinq jours de prison pour avoir volé et mangé le chat d’un de ses voisins. Au mois de novembre dernier 2 frères, les nommés Bierlé de notre ville, entrèrent dans sa boutique pour y acheter des bottines de rencontre. Il leurs fait voir une paire qu’il offre au prix de 3 mark. L’un d’eux se récrie sur le prix qu’il trouve trop élevé; le fripier C. Bischoff, lui dit de le suivre dans son arrière boutique pour lui en montrer d’autres moins chères.                   Mais ici, la scène change de nature; après avoir fermé la porte à clef, le fripier tombe sur le jeune homme et l’accable de coups en lui faisant sur différentes parties du corps des contusions et même des blessures assez sérieuses. Le frère qui était resté dans la première pièce, aux cris du patient et dans l’impossibilité d’aller à son secours, prend peur et se sauve. Mais la scène prend fin et le battu fini par sortir ; mais c’est pour se rendre clopin-clopant à la police et y déposer une plainte.

L’affaire est portée le 29 novembre devant le tribunal des échevins. Ici, on reconnait d’abord que le sieur Bischoff, qui a laissé sa femme légitime en Suisse et vit en concubinage à Mulhouse, est un personnage fort peu intéressant;  c’est ici que commencent ses audacieux mensonges; il prétend en effet, qu’il n’a battu le jeune homme Bierlé seulement parce qu’il voulait lui voler ses bottines; à l’appuis de son affirmation, il fait même comparaître une bonne de la brasserie Gottenkieny qui confirme, sous la foi du serment, les dires du prévenu  malheureusement les jeunes Bierlé jouissent de la meilleure réputation et, comme leur plainte est en contradiction manifeste avec  les dires du fripier, le tribunal se déclare incompétent et l’affaire, soumise à une nouvelle enquête, revenait devant la chambre correctionnelle à l’audience d’hier matin.

La cause avait provoqué l’appel de nombreux témoins, qui tous déposent contre le fripier. La fille qui avait parue devant le tribunal des échevins avoue que le consciencieux citoyen Bischoff lui avait payé deux verres d’anisette et du vin pour la décider de déposer, comme elle l’avait fait en lui faisant accroire que devant le petit tribunal il n’était pas question de prestation de serment comme au grand.

Malgré ces témoignages convaincants démontrant sa culpabilité, notre fripier persiste, avec une singulière effronterie, dans ses dénégations. Mais ce système ne fait que rendre sa situation moins digne d’intérêt; aussi se voit-il condamné à 18 mois de prison et la privation de ses droits civiques;  sa complice elle même, la pauvre servante paye sa malheureuse condescendance de six mois de prison; tous deux sont en outre, condamnés solidairement aux frais de procès.

— Charles Fr., menuisier, marié et père d’un enfant, est un digne père de famille. Grâce à son travail et à ses économies il a pu se procurer un mobilier qui consiste en …. une voiture d’enfant, ce qui est d’ailleurs extrêmement commode pour lui, en lui rendant ses déménagements d’une rare facilité. Il lui arrivait de changer de logement à toute heure du jour et de la nuit et même d’emporter par mégarde la clef de sa chambre. Sans doute les soins qu’il donnait à son enfant ne lui permettaient guère de travailler; mais sans argent, il lui fallait cependant les nourrir. Etant entré par hasard dans le bureau non-fermé de Georges Fuchs, graveur sur rouleaux, il exerçât sur le bureau une pression un peu forte qui le fractura, en l’absence d’espèces, un tournevis fut le seul objet qu’il lui a paru prudent d’emporter. Ces circonstances ne lui sont pas favorables et il se voit condamné à 6 mois de prison pour tentative de vol par effraction.

  • Guebwiller. -On signe dans cette ville une pétition pour demander l’amélioration des communications entre Guebwiller, Mulhouse et la vallée de Saint-Amarin. Les échanges étant considérables avec ces points rapprochés, il est d’une importance capitale que ces travaux soient entrepris et menés à bonne fin, le plus vite possible. La pétition sera adressée à la chambre de Commerce de Colmar et à l’administration des chemins de fer.
  • Ensisheim. -4 février 1884.   -On nous écrit: » La betterave à sucre. – La réunion du Comice agricole tenue ici dimanche dernier s’est particulièrement occupée de la culture de la betterave à sucre ; mais on s’est aussi occupé des irrigations de la Hardt au moyen de prises d’eau sur le Rhin et d’une dérivation de l’Ill. M. Ostermeyer, dont l’express a publié une intéressante étude sur la question sucrière en Alsace à exposé de nouveau les conditions de la culture de la betterave. D’après ses déclarations, la fabrique de sucre de Rouffach sera construite dès que les propriétaires des localité de notre rayon auront souscrit par la culture d’environ 500 hectares de betteraves. Un propriétaire du département du Nord, M. Desprez, a déclaré à la réunion que dans les environs de Lille, la betterave à sucre rend jusqu’à 60 000 kg à l’hectare, tandis que les terres plantés en blé alternativement avec la betterave donnent 35 hectolitres de froment, soit le double de nos récoltes moyennes en Alsace. Aussi les propriétaires de notre contrée sont bien disposés pour la culture de la betterave. Un gros cultivateur d’Oberbergheim, M. Ehrhardt, ayant soutenu que la création des chemins de fer au profit de l’industrie portait grand préjudice à l’agriculture parce qu’elle entraîne le bas prix du blé, M. Charles Grad dans un discours fort développé sur la situation de l’agriculture a cherché à prouver que les intérêts des cultivateurs et de l’industrie sont solidaires les uns des autres.                                 Selon lui, l’augmentation sur les droits d’entrée sur les blés n’amélioreraient pas sensiblement la situation du paysan tandis que l’ouvrier des villes serait contraint à l’émigration en payant le prix beaucoup plus cher. Pour cette raison, il vaut mieux améliorer la culture afin d’obtenir des récoltes plus abondantes. Cette conclusion de M. Grad ne parait pas du gout de nos cultivateurs, qui se plaignent, aussi d’ailleurs, de ne pas avoir assez d’eau pour les irrigations.   Ils voudraient disposer librement des eaux du Canal Vauban et demandent la création d’un canal qui conduisent dans la Hardt les hautes eaux de l’Ill, chargées de limon en temps de crue. On a aussi émis des voeux pour l’établissement d’un tramways de Mulhouse à Ensisheim que l’honorable M. Rudolph, président de notre Comice agricole et représentant de la Landeshausschuss, est chargé de réclamer au gouvernement.  Monsieur Ostermeyer dit que suivant toute probabilité la construction de la fabrique de sucre de Rouffach pourra être commencée au printemps prochain. Le maire de Rouffach, M. Heimburger, membre du Landeshausschuss, qui s’intéresse beaucoup à cette question, assistait aussi à la réunion ».
  • Colmar. -Le 4 février 1884.  –On nous écrit:  » L’affaire du comptoir d’escompte tourne à la tragédie. En faisant la vérification des titres appartenant à des tiers, qu’il avait reçu en dépôt, on a constaté la disparition d’une somme de 200 000 fr. en obligations du chemin de fer ; dans l’enveloppe qui les renfermait, ces valeurs avaient été remplacées par du papier de rebut. Il est facile de concevoir le désespoir du directeur quand on fit cette découverte. Il déclara dès le premier moment qu’il ne survivrait pas à l’infidélité dont il était victime, et il tint parole. Ce matin on le trouva pendu dans sa chambre à coucher, laissant un écrit où il incriminait, dit-on, l’un de ses subordonnés.

Étrange coïncidence, la personne à qui le dépôt appartenait et qui était liée d’amitié avec M. P.., était depuis quelques temps son hôte et logeait sous son toit.  A la suite des inculpations dont il était l’objet, le comptable incriminé à été mis aux arrêts dans sa maison, où il est gardé à vue par la police. L’état très grave de sa santé ne permet pas de l’incarcérer dans ce moment. On s’accorde à prévoir de fâcheux contre-coups pour le commerce de Colmar et des environs.

 

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A propos wurtzele1

Généalogiste amateur intéressé par l'histoire de l’Alsace et des alsaciens , qui par le biais de son blog, cherche à interpeller des cousins qui s'ignorent :-)
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